Mention légale

© P.M. Lorenz, Juillet 2021

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7. Claire

Pottsville, Comté de Schuylkill, Pennsylvanie, États-Unis

7 mai 2006

 

Planète Blanche: Sortie J+10

Ça sentait la friture, le tabac froid, l’alcool. L’ampoule grésillait, menaçait de s’éteindre, à tout moment. L’ampoule du plafond. Elle l’avait déjà dit à Zed. Quatre ou cinq fois au moins. Zed s’en fichait. Totalement.

Il était penché sur son bureau, écrivait une adresse, au dos d’une facture qu’il avait déchirée. Une adresse pour elle.

Elle avait pensé que ça aurait quelque chose lié au sexe. Lorsque Zed lui avait parlé d’un « moyen ». Elle avait pensé qu’elle aurait dû faire la prostituée, ou l’escort girl. Elle avait aussi pensé que Zed voulait la payer, pour assouvir des fantasmes, ou quelque chose comme ça. Elle était venue quand même, pour Ben.

Mais ce n’était pas ça.

Zed lui tendit le bout de papier plié en deux.

– Faut te rendre à cette adresse…

Elle attrapa le papier, lu rapidement ce qui s’y trouvait, le glissa ensuite dans la poche de son jean.

… À Philadelphie…

– Là-bas, faut que tu parles à Vick Holland. Tu lui donnes le sac, tu récupères l’autre et tu pars. Rien d’autre à faire. Et reste près de ta voiture. Compris.

Elle hocha la tête.

– Qu’est-ce qu’il y a dans le sac ?

Zed se leva.

– Moins tu en sais, mieux c’est.

Il se dirigea vers la porte, l’ouvrit.

– Si la police m’arrête ?

– Si la police t’arrête, tu vas voir ta tante à Philadelphie.

– Et le sac ?

– Tu lui apportes du pain et un petit pot de beurre.

– Non sérieusement, Zed.

– Écoute… Un ami dans le besoin t’a dit d’emmener ça pour sa vieille tante dans le besoin à Philadelphie. Tu as une voiture, tu es gentille, tu le fais.

– Quel ami ?

Zed regarda le plafond. De désarroi.

– Tu cherches trop… Tu te feras pas arrêter. Mais…

Il revint à son bureau, ouvrit un tiroir, prit une carte de visite.

– Tu dis que c’est lui l’ami.

Zed tendit le bras, encore. Elle saisit la carte de visite, lut le nom.

– Le garagiste d’à côté ? 

– Écoute, je sais que tu es stressée… La police ne t’arrêtera pas. Parce que tu ne vas pas faire d’excès de vitesse, parce que tu es blanche, parce qu’il y aura des gosses dans la voiture. Tu ne risques rien. Absolument rien. Tu vas, tu reviens, je te donne ta part et c’est fini…

Elle inspira. Longtemps. Le temps de remplir ses poumons. D’air, de courage. Le temps de se dire qu’elle le faisait pour Ben, que Ben le méritait.

Elle expira.

– On y va.

Zed se pencha, prit un sac devant son bureau. Un cartable. Comme celui que Jean aura lorsqu’elle entrera en élémentaire.

Ils quittèrent le bureau, passèrent par la porte arrière du resto. Sa Mondeo était garée juste là, derrière la benne à ordure, dans une partie peu éclairée du parking.

Il n’y avait qu’une seule lumière. Une toute petite. Celle du plafonnier de sa voiture. Ben et Jean jouaient à un jeu de main sur les sièges arrière. Meg, à l’avant, leur disait qu’ils faisaient trop de bruit. Ils l’envoyaient balader, continuaient à chanter, à se taper dans les mains en rythme.

Zed se dirigea vers l’arrière de la voiture, ouvrit le coffre, déposa le sac.

Elle le reprit.

– Avec les enfants, c’est mieux.

Les policiers demandaient toujours d’ouvrir le coffre. Elle l’avait vu dans des films.

Zed ne dit rien, la regarda poser le sac au pied de la banquette arrière,  par la portière conducteur.

Elle s’installa au volant.

Meg souffla, bruyamment, d’exaspération.

– On y va maintenant… ?

Son aînée s’impatientait sur le siège passager. Normal, personne ne l’écoutait. Meg était à cet âge où elle se sentait grande, où elle n’avait encore aucune autorité.

… Dans trois ans, ça ira mieux…

Dans trois ans, ça irait mieux pour tout le monde. Meg serait presqu’une adulte, Jean n’aurait plus besoin d’elle pour se doucher, pour aller aux toilettes, pour dormir, pour prendre ses repas, pour jouer à la poupée, Ben sera au High School, en 9th. Plus certainement en 10th. Parce qu’il était intelligent, parce qu’il aurait sans doute sauté une classe d’ici là.

– On y va, ma puce…

Zed tapa deux fois sur le haut de la voiture.

– N’oublie pas, Vick Holland…

Elle ferma sa portière, démarra, quitta le parking, prit dix minutes pour quitter la ville par le sud-est.

Philadelphie était à 95 miles de là. Presque deux heures de route. Quatre pour l’aller-retour.

… 10 heures p.m. et tout le monde dormira…

Les enfants avaient école demain. Mais elle n’avait pas pu les laisser seuls aussi longtemps, aussi éloignés d’elle. Meg aurait fini par tuer les deux petits. Et puis, Zed avait insisté pour qu’elle les emmène. À cause de la police. On ne soupçonnait pas une mère de famille avec trois enfants dans la voiture. On ne l’arrêtait même pas.

Ils traversèrent Schuykill Haven. Déjà.

– Quand est-ce qu’on arrive ?

Une question douce. Pour l’instant. Dans 50 miles, Jean poserait la même question, la voix tremblante, les yeux mouillés, le ton fatigué. Elle avait pensé que Jean tiendrait plus longtemps avant de commencer à se lasser.

Elle s’était trompée.

– Pas tout de suite, ma puce… On va faire un jeu. Ben va nous dire des mots en français, et nous, on cherchera ce que ça veut dire.

Meg soupira à côté d’elle. Son aînée était assez grande pour comprendre qu’elle essayait de gagner du temps. Avec un jeu qui n’intéresserait que Jean et Ben.

– Allez Ben… Des mots faciles.

Ben prit quelques secondes de réflexion.

La table

Jean se trémoussa sur la banquette arrière.

– Je sais, je sais…

– On t’écoute ma puce.

– La table… La table…

Elle jeta un regard dans le rétroviseur, sur son fils.

– Ben ?

– C’est ça… Bravo.

– Un autre… Un autre… Un autre…

Le bus

Meg soupira. Encore. Ben prenait des mots trop ressemblants.

… Au moins ça occupe Jean…

– Je sais, je sais… Le bus…

– Ben ?

– C’est ça…

– Pourquoi une fois c’était la et une autre le ?

Elle tourna la tête sur Meg, sourit. Sa première jouait à l’ado blasée, détachée, mais le jeu l’intéressait. Quand même.

– La maîtresse a expliqué qu’en français les mots ont un…

Son fils s’arrêta, en pleine explication. Rare qu’il butait sur un mot, qu’il ne le trouvait pas.

Il se reprit.

– … C’est comme si que les mots ont un sexe. Le c’est pour les mots masculins, la c’est pour les mots féminins.

– C’est bête ! Ils connaissent rien les Français.

Ça la faisait toujours rire lorsque Jean apportait un avis tranché.

– Pourquoi c’est bête ?

– Les mots, ils ont pas de pénis ou de vagin. Ça peut pas être une fille ou un garçon.

– Et comment on fait pour savoir si c’est masculin ou féminin, leurs mots ?

Meg s’intéressait de plus en plus.

– Le genre… C’était ça le mot que je cherchais. Dans la langue française, les mots ont un genre.

– T’as pas répondu à ma question.

– Faut les connaître…

– Ils sont malades ces Français…

– C’est juste leur langue…

Elle savait où mènerait ce début d’échange entre Meg et Ben. Elle l’avait vécu tous les jours, depuis que ses deux premiers étaient en âge de se disputer.

Elle intervint. Pour éviter que le voyage ne soit plus long encore.

– Ok, on change de jeu… Maintenant, Ben, tu vas nous expliquer la différence qu’il y a entre la langue française et la nôtre…

– Je pourrai plus répondre alors…

– Tu pourras faire des remarques ma puce…

Elle lut un panneau devant elle.

… Hamburg…

Elle expira, bruyamment. Ils n’étaient pas prêts d’arriver.

– On t’écoute, Ben…

– Heu… Je suis qu’en 6th… Ah oui, en français, on emploie une forme verbale différente à chaque pronom personnel.

– À chaque pronom personnel ? Cinq formes ?

– Attends… Un, deux, trois, quatre, cinq, six… Ils ont six pronoms personnels.

– Six ?!

– En français on fait la différence quand on s’adresse à quelqu’un qu’on connaît, on dit tu, et quelqu’un qu’on connaît pas, on dit vous. Et le tu, c’est aussi pour une seule personne, et le vous, c’est pour un groupe.

– Ils sont malades, ces Français… J’apprendrai jamais leur langue pourrie.

– Elle n’est pas pourrie… C’est juste leur langue.

Elle se demandait souvent quelle serait la relation de Meg et de Ben lorsqu’ils seraient adultes. Ils continueraient à se disputer. Sans doute. Ben était arrivé trop tôt. Seulement deux ans après Meg. Elle l’avait dit à Ron. Quatre ans, c’était une bonne différence d’âge entre deux enfants. Comme son frère et elle. Ron lui avait répondu qu’il fallait faire des enfants jeunes, quand on avait la force et l’énergie pour s’en occuper. Il l’avait convaincue.

Elle allait intervenir. Encore. Jean le fit avant.

– Ça doit faire mal à leur tête à force de réfléchir pour parler…

– Ils parlent, c’est tout… Quand on apprend petit, on ne réfléchit plus pour parler.

Ben le prenait trop à cœur. Normal. Ils venaient de passer un an à travailler sur le français, sur la France. Son fils avait fait un projet, avait participé à un concours, avait été le meilleur du comté en français, avait été sélectionné par l’école française internationale de Philadelphie pour participer à ce voyage en France. D’abord Paris, pendant une semaine. Puis La Réunion pour le reste du voyage.

– Bon, on arrête sur le français… On va écouter un peu la radio.

Elle alluma l’autoradio, se fixa sur une station qui passait les chansons à succès. Ça ferait plaisir à tout le monde. Et elle, elle aurait la paix. Au moins pendant quelques miles.

Elle quitta la 78 à Lenhartsville, pour éviter le tronçon à péage, la reprit à New Smithville. Pareil à Fogelsville, jusqu’à Vera Cruz, sur la 476.

Ensuite, plus rien. Elle s’était perdue dans ses pensées, dans le chaos de son stress. À cause de la longue ligne droite, de la conduite monotone, jusqu’à Philadelphie. Les enfants n’avaient plus rien dit. Meg avait écouté la radio, Ben s’était sans doute perdu dans ses réflexions, comme elle, ou s’était renfermé, vexé qu’on se moque du français. Jean s’était endormie, juste après avoir récupéré la 78 à New smithville.

… Elle ne dormira plus ce soir…

Pas avant minuit ou une heure a.m.

Ils arrivèrent à Philadelphie. Enfin. Elle jeta un regard à l’horloge de la voiture. Une horloge à aiguille.

… 7h48… p.m. …

Ils longèrent le quartier de Roxborough, pénétrèrent dans la ville à East Falls, remontèrent vers le nord par Germantown.

Une intersection. À droite. Une autre. À gauche. Ils y étaient.

La rue baignait dans une pénombre de plus en plus profonde. Les lumières publiques commençaient à s’allumer. Timidement. Une rue au milieu de grands arbres, aux grandes maisons à étages et aux jardins immenses. Emlen Street. Elle ne s’était pas attendue à ça. Elle avait pensé plutôt à une ruelle des quartiers pauvres, entre les prostituées et camés.

Elle ralentit, fit attention aux boîtes aux lettres, chercha l’adresse exacte.

Elle roula deux minutes.

… C’est là…

Au 762.

Elle arrêta la voiture, tourna la tête à gauche, observa la maison.

– Ouah… C’est là ton rendez-vous ? C’est une maison comme ça qu’on devrait avoir.

Première fois que Meg parlait. Depuis le jeu. Mais son aînée avait raison de s’extasier. La maison était sur trois étages, comportait une dizaine de fenêtres sur les deux pans qu’elle voyait. Les murs étaient faits de brique de teinte rouge. Une haie végétale séparait la propriété du trottoir. Le porche de l’entrée prenait toute la largeur de la maison, avait été aménagé avec un petit salon de jardin en osier.

Elle ne répondit rien à sa fille, jeta un regard à son fils, à l’arrière. Pour se donner du courage, pour ne pas oublier qu’elle faisait tout ça pour lui.

Elle ferma les yeux. Une inspiration, grande, profonde. Une expiration, lente, étendue.

… Allez…

Elle se redressa d’un mouvement vif, sortit de sa voiture, ouvrit la portière arrière.

– Passe-moi le sac, Ben.

Ben prit le sac à ses pieds, le lui donna. Elle l’attrapa, se retourna sur la maison. Le bâtiment lui parut soudain plus grand, plus large, plus impressionnant.

… Allez…

Un pas. Un deuxième. Un troisième. La petite allée de béton la mena au porche, à l’entrée. Elle s’immobilisa devant la porte. Une porte en bois, travaillée. La seule chose qui séparait Ben de son rêve. 

Elle ferma les yeux. Son cœur battait. Fort, rapide. Comme il n’avait jamais battu dans sa poitrine. Même après ses entraînements de cheerleader, même avant sa première fois, avec Lenny McBride. Elle sentait sa poitrine monter, descendre, son cou palpiter, ses tempes tambouriner.

… Allez…

Elle leva la main, appuya sur la sonnette.

Un ding dong. Long, lent, strident. Un ding dong pendant lequel son cœur avait eu le temps de battre cent fois, pendant lequel son cœur avait eu le temps de s’arrêter cent fois.

La porte ne s’ouvrit pas.

… Personne… Je pars…

Le soulagement n’eut pas le temps de se propager, de ralentir le rythme cardiaque. Elle ne pouvait pas partir. Ben méritait qu’elle attende, que son cœur batte à cent miles par seconde dans sa poitrine.

Elle attendit. Deux, cinq, dix, trente secondes.

La porte s’ouvrit d’un coup, sans bruit pour la prévenir. Elle retint sa respiration.

Un homme, un latino, l’observa, de haut en bas, l’œil interrogateur. Il portait un jean bleu, un sweat gris, avait la tête rasée, deux boucles dans l’oreille droite.

L’homme resta silencieux, se contenta de l’observer. Encore. De haut en bas. Toujours.

Elle déglutit.

– Vick Holland…

Sa voix sortit timidement, à peine audible.

L’homme se décala, l’invita à entrer d’un geste de la main.

Elle déglutit, encore. Une goutte de sueur roula sur son front. Elle avança, de quelques pas. L’entrée était grande, trois gros pots de fleur donnaient du cachet à la pièce. Un escalier se trouvait en face, légèrement sur la droite, contre la paroi. De part et d’autre, deux autres espaces. Salon et salle télé, de ce qu’elle pouvait en apercevoir.

L’homme ferma la porte derrière elle. Elle sentait le regard sur elle. Sur ses fesses. Elle le sentait aussi fort que l’aurait fait une main.

La voix de l’homme s’éleva soudain. Une voix grave, enjouée. Une voix salace.

– Paiement en nature à ce que je vois…

Son cœur s’arrêta, ses poils se hérissèrent. Immédiatement. Zed ne lui avait pas parlé de ça. Elle ne devait que déposer le sac, reprendre autre chose. Seulement ça. Pas servir de monnaie.

Zed lui avait aussi dit de rester près de la voiture. Elle ne se le rappelait que maintenant, qu’une fois prise au piège.

Elle sentit la main sur le bas de son dos. Pas un regard insistant cette fois, une vraie main, une vraie pression. Elle sursauta. Le seul mouvement que la peur lui autorisa.

– Donne-lui ta part Tonio.

La main de Tonio se retira de son dos. Précipitamment. Un autre homme apparut. Un homme plus âgé que Tonio. Il avait des cheveux plaqués sur le côté, une petite barbe, portait une chemise à carreau blanc et noir au-dessus d’un pantalon de ville.

– Vick…

– Donne-lui ta part.

Tonio se positionna devant elle, plongea la main dans sa poche, remonta un rouleau de billets verts. Un épais rouleau de billets verts. Il le plaça devant elle, le visage fermé, les yeux rapprochés, le front plissé.

Elle ne bougea pas, ne le pouvait toujours pas.

– Ezéquiel m’a prévenu de votre arrivée. Je m’appelle Vick, voici Tonio. Veuillez m’excuser pour le manque de manière de cet homme. En dédommagement, et en plus de votre part…

Vick fit deux pas en avant, l’incita à prendre le rouleau d’un geste des yeux.

Elle obéit. Pas le choix.

– C’était pour ma came, Vick…

– Madame, voulez-vous prêter deux billets à cet homme ?

Elle posa son sac par terre, défit l’élastique jaune. Avec l’autre main, celle qui ne tenait pas la liasse. Elle prit deux billets, tendit à Tonio.

… Des billets de 100…

Dix de ces billets faisaient 1 000 dollars. Et dans cette liasse, il y avait plus que dix billets. Beaucoup plus.

Tonio prit les billets. Entre son index et son majeur.

– Tu dois 200 dollars à la dame. Plus les intérêts… Et excuse-toi.

Tonio se tourna vers Vick.

–  Tu fais chier…

– Toi, tu fais chier, Tonio. Tu connais la situation, tu sais à quel point c’est galère de trouver une mule. Ezéquiel nous en envoie une parfaite et toi, la seule chose que tu trouves à faire, c’est poser tes mains dégueulasses sur elle. Si elle refuse de revenir… Tu sais ce que Jorge va nous faire.

Le regard de Tonio revint vers le sien.

– Je m’excuse sincèrement…

– Je m’excuse sincèrement, Madame.

Tonio soupira, mordit ses lèvres, ferma les yeux.

– Je m’excuse sincèrement, Madame.

Vick fit un petit pas en avant.

– Et moi de même… On s’occupe du sac, je vous remercie…

Vick passa dans l’espace d’à côté. Le salon. Il revint dans la seconde suivante. Avec un autre sac. Un sac à dos, identique à celui qu’elle avait déposé à ses pieds.

– Pour Ezéquiel, s’il vous plaît…

Vick fit un geste à Tonio. Tonio lui ouvrit la porte.

… C’est fini…

Elle roula la liasse de billets, la mit dans sa poche, prit le sac des mains de Vick.

– Bon retour.

– Merci.

Une voix étranglée, saisie. Par la peur encore présente , par le soulagement naissant.

Elle sortit de la maison, retourna à la voiture à grands pas. Meg et Ben se disputaient. Encore. Jean s’était réveillée. Le retour risquait d’être encore plus long. Elle les voyait, les entendait, mais s’en foutait.

Elle ouvrit sa portière, déposa le sac à côté de Ben, referma la portière. Sa main alla chercher la liasse de billets. Elle compta. Tous les billets de 100 dollars. Elle recompta. Pour être certaine qu’elle ne s’était pas trompée.

48 billets. 4 800 dollars. Sans ce que Zed devait lui donner à son retour.

… Ben pourra partir…